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Lettre de motivation pour la Suisse : ce qui change

October 08, 2026

En Suisse, la lettre de motivation tient sur une page A4 et se construit en trois temps : introduction, corps de la lettre, conclusion. Le canton de Genève prévient qu'elle est de moins en moins lue, mais encore très souvent demandée dans les annonces. La vraie différence avec la France se joue ailleurs : le dossier doit contenir la copie de tous vos certificats de travail.

Pourquoi la lettre de motivation reste-t-elle exigée en Suisse ?

Le canton de Genève le dit sans détour : « Bien qu'elle soit de moins en moins lue, elle est encore très souvent demandée dans les annonces. » Vous ne pouvez donc ni vous en passer, ni compter sur une lecture attentive.

Le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) lui donne pourtant un rôle décisif dans sa brochure « Qu'est-ce qu'une bonne candidature ? » : « La lettre de candidature est votre carte de visite. C'est sur sa base que l'on décidera de vous inviter ou non à un entretien. » La brochure date de février 2018, la page genevoise a été mise à jour le 2 juin 2026 : l'usage a bougé, mais aucune des deux autorités ne dit de supprimer la lettre.

Faut-il postuler quand on ne coche pas toutes les cases ?

Le SECO donne un seuil chiffré : « Si vous remplissez 80 % des exigences, votre candidature est judicieuse. » En dessous, la lettre a beaucoup de travail à faire.

Que contient un dossier de candidature suisse complet ?

Première différence de fond avec la France, et elle ne porte pas sur la lettre. Le SECO liste les pièces : lettre de candidature, curriculum vitae, copie de tous les certificats de travail, copie des certificats de formation professionnelle ou universitaire, copie des diplômes et certificats des formations continues suivies. orientation.ch le résume en trois blocs : « lettre de motivation, curriculum vitæ (CV), certificats de travail et diplômes ».

« Tous » est à prendre au mot : arbeit.swiss demande de remettre « tous les certificats de travail des postes que vous avez occupés, sans exception », regroupés « dans un unique document PDF, dans l'ordre chronologique, le plus récent en premier ». Genève ajoute que chaque copie doit être « propre, soignée, lisible et en couleurs », et prévient : « Si un recruteur reçoit un ou des documents de mauvaise qualité ou de manière confuse, il n'y prêtera aucune attention. »

Cour intérieure à arcades de l'Hôtel de Ville de Genève, siège du Conseil d'État
L'État de Genève, dont une offre d'emploi n'accepte que les dossiers complets en quatre PDF : lettre de motivation, CV, copies des diplômes, certificats de travail. Photo : Bart van Poll, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Pourquoi un dossier français paraît incomplet vu de Suisse

Parce que le certificat de travail suisse n'est pas le même document que le certificat français. En Suisse, il contient « une appréciation de la qualité de votre travail » et « une appréciation de votre comportement », selon ch.ch. Le candidat français arrive donc avec des attestations sans jugement de valeur, là où le recruteur suisse s'attend à lire ce qu'un ancien employeur a pensé de son travail.

Certificat de travail : le contenu imposé en France et en Suisse
ÉlémentFrance (Service-Public.gouv.fr)Suisse (ch.ch)
DatesDate d'entrée et date de sortieDébut et fin des rapports de travail
Emploi occupéNature du ou des emplois successivement occupésFonction et activités exercées
Durée et volumePériodes pendant lesquelles ces emplois ont été occupésTaux d'occupation
Couverture santéMaintien à titre gratuit de la couverture santé et prévoyanceAbsent de la liste
Qualité du travailAbsente de la listeUne appréciation de la qualité du travail
ComportementAbsent de la listeUne appréciation du comportement
MotifAbsent de la listeLe motif pour lequel le certificat a été établi

Quelle longueur et quelle mise en page pour la lettre ?

Le SECO est bref : « Une page A4 doit suffire. » Le canton de Vaud précise la forme : lettre rédigée à l'ordinateur « sauf si une lettre manuscrite est exigée », même typographie que le CV, police de 10 ou 12 points, mise en page aérée, orthographe irréprochable avec relecture par une personne maîtrisant le français, puis « datez votre lettre et signez-la à la main ». arbeit.swiss liste les éléments formels attendus : « adresse de l'expéditeur, adresse du destinataire, date, objet, civilité, salutations et signature ».

Le CV, lui, tient sur une à deux pages A4 selon le canton de Vaud, « pas plus de deux pages A4 » selon la brochure du SECO, « 2 pages maximum » selon Genève. Le portail fédéral est plus large : « Le curriculum vitae ne doit pas dépasser trois pages. » Viser deux pages reste compatible avec toutes ces sources. Dans ma vidéo sur le CV suisse, j'insiste sur l'erreur inverse, celle des candidats français qui tassent tout un parcours sur une seule page. Deux pages aérées ne posent aucun problème en Suisse, un document illisible, si.

Comment construire la lettre, paragraphe par paragraphe ?

Le SECO impose trois temps : « Elle doit comporter a) Une introduction b) Le corps de la lettre c) Une conclusion. » Le canton de Vaud dit ce que chaque partie contient ; son dépliant s'adresse aux adultes qui cherchent un emploi ou une place d'apprentissage, d'où la formulation.

  1. L'introduction. « L'accent est mis sur l'entreprise qui recrute et sur l'apprentissage proposé. » Le poste et l'entreprise d'abord, vous ensuite.
  2. La partie centrale. « Mettez en avant vos points forts et vos expériences en relation avec l'apprentissage/emploi visé », en faisant des liens avec votre parcours et « en soulignant vos compétences transversales ».
  3. La conclusion. « Mentionnez vos objectifs, en lançant une invitation à poursuivre la discussion à l'occasion d'un entretien. »
  4. Les annexes. « Votre CV, vos certificats de travail et diplômes (copies). »
Château Saint-Maire à Lausanne, siège du Conseil d'État du canton de Vaud
Le canton de Vaud, dont le guide de février 2023 détaille les trois parties de la lettre : introduction, corps, conclusion. Photo : Gzzz, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

À qui adresser la lettre ?

« Adressez votre lettre à la personne dont le nom est cité dans l'offre. S'il s'agit d'une annonce sous chiffres, indiquez le numéro de référence », demande le canton de Vaud. En candidature spontanée, le SECO conseille de téléphoner à l'entreprise pour demander le nom et l'adresse du responsable du personnel : « Une lettre de candidature adressée à une personne donnée fera toujours meilleur effet que la même lettre envoyée sans destinataire précis. »

Comment traiter une période sans activité ?

Le SECO conseille de l'aborder dans la lettre et fournit même la phrase type : il faut mentionner les trous dans la lettre de candidature, par exemple « Je vous parlerai volontiers de ma période d'inactivité dans les années xy lors de l'entretien ».

Quel ton adopter avec un recruteur suisse ?

Le SECO donne trois consignes : « Phrases courtes et claires », « Formulations personnelles et ciblées », « Style direct ». Il tranche même entre deux formules, en préférant « Vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à ma candidature » à « Je serais heureux ». La première formule s'adresse au lecteur, la seconde parle du candidat.

Ce qu'il est inutile d'écrire

Le droit suisse encadre ce qu'un employeur peut demander. Selon le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, les questions sur « le revenu, un endettement éventuel, des maladies existantes ou une grossesse en cours » ne sont admises que si des raisons particulières l'exigent « au vu du poste à pourvoir ». Celles sur « l'origine, l'appartenance à une société ou à une association (syndicat, par exemple), la religion, les convictions philosophiques ou politiques » ne le sont que si elles s'imposent au regard de l'idéologie de l'entreprise. Sauf poste particulier, une lettre n'a donc rien à dire de votre santé, de vos dettes ou de vos convictions.

Quelles erreurs de transposition depuis la France coûtent le plus cher ?

Écrire pour une lecture longue

Genève chiffre le temps disponible : « En règle générale, un recruteur ne passe pas plus de 30 à 60 secondes sur un CV. » Je cite souvent 30 secondes dans mes vidéos ; Genève donne une fourchette de 30 à 60 secondes pour un CV, et c'est elle qu'il faut retenir.

Ignorer les mots de l'annonce

Genève demande que la description de vos compétences soit « adaptée aux besoins de l'employeur figurant dans l'offre d'emploi », et orientation.ch, dans sa fiche destinée aux candidats à l'apprentissage, conseille de comparer ses qualités et compétences aux mots-clés de l'annonce. Reprendre les termes de l'offre est donc soutenu par les deux sources. J'ajoute, d'expérience et non comme règle, que les grandes structures et les agences utilisent des logiciels de filtrage qui classent mieux les candidatures dont les mots-clés apparaissent tôt dans le document. Aucune source officielle consultée ne décrit ce tri automatique.

La photo

Genève range la photo parmi les rubriques que le CV « doit comprendre au moins », et en deuxième position : « Photo récente et professionnelle de vous, axée sur votre visage. Si vous publiez votre CV sur le web vous devez absolument y mettre une photo ». Le canton de Vaud la dit « usuellement exigée », et arbeit.swiss cite les « données personnelles avec photo vous mettant en valeur » parmi les éléments habituels du CV. orientation.ch en fixe la forme : « une photo récente, en couleur et sur fond neutre », et « la photo ne doit pas être un selfie ».

Mon avis rejoint ces sources. Pour le démarchage en ligne, je considère la photo comme quasiment obligatoire, parce que le recruteur n'a aucun autre moyen de se faire une idée de vous. En démarchage physique, son absence pénalise moins, puisque vous vous présentez vous-même. Sur la forme, je conseille de détourer l'image et de poser un fond uni, en recadrant pour effacer l'inclinaison des épaules qui trahit le selfie.

Les mentions que la France a largement abandonnées

Le CV suisse les conserve. Le canton de Vaud liste dans les données personnelles : « Prénom et nom, adresse, e-mail, téléphone, année de naissance et âge, nationalité ou permis de séjour. » Autre détail de mon expérience : un numéro français noté sans le +33, composé depuis une ligne suisse, aboutit chez un abonné suisse qui porte le même numéro.

Où placer ses références, et que dit le droit suisse sur leur vérification ?

Le SECO est explicite : « Un curriculum vitae ne doit pas comporter de références. En revanche, celles-ci devront être communiquées sur demande ou présentées lors de l'entretien. » arbeit.swiss donne la formulation de remplacement : « Dans votre CV, indiquez que vos références peuvent être fournies sur demande. »

Les sources officielles ne disent pas toutes la même chose : le canton de Vaud prévoit, lui, une rubrique « Références » dans le CV, avec un ancien employeur par exemple. Dans ma vidéo sur le CV, je conseille aussi de faire figurer des références sur le CV, pour montrer que les derniers postes se sont bien passés, en prévenant chaque personne citée. Sans cet accord, je conseille d'indiquer seulement « références sur demande », comme arbeit.swiss.

Quand l'annonce réclame des références, tout se règle dans la lettre. Le SECO propose d'en prendre acte par une phrase comme « Je vous fournirai volontiers des références lors d'un entretien personnel », puis d'indiquer ses deux derniers employeurs, « le passé lointain n'est plus pertinent ».

Prévenir la personne citée

Le canton de Vaud le demande : « Prévenez la personne concernée de votre démarche. » Le cadre légal, lui, pèse sur le recruteur : le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence écrit que l'employeur potentiel « doit obtenir préalablement le consentement du candidat » avant de prendre des renseignements auprès de tiers, et que ces renseignements doivent porter « exclusivement sur les indications déterminantes pour l'activité considérée ».

Habiter encore en France : qu'est-ce que cela change pour la lettre ?

Deux règles officielles pèsent sur un candidat qui vit encore en France. La première : depuis le 1er janvier 2020, les employeurs doivent annoncer aux offices régionaux de placement les postes vacants « dans les genres de professions où le taux de chômage national atteint au moins 5 % ». Les demandeurs d'emploi inscrits auprès d'un office « bénéficient donc d'un temps d'avance en matière d'information, et par là de candidature, de cinq jours ouvrables par rapport à d'autres candidats ».

La seconde est la reconnaissance des diplômes. Si la profession visée n'est pas réglementée, le Secrétariat d'État à la formation, à la recherche et à l'innovation (SEFRI) écrit que « vous avez accès au marché du travail et pouvez postuler directement à des offres d'emploi ». Si elle est réglementée, la reconnaissance est obligatoire. Au SEFRI, les frais s'élèvent à 550 francs, sans compter d'éventuelles mesures de compensation à votre charge, et le délai moyen de traitement est de 4 mois ; pour certaines professions, c'est un autre organisme de reconnaissance qui est compétent. Pour une profession non réglementée, le SEFRI ne délivre qu'une attestation de niveau, facturée 350 francs, dont l'émission « peut durer jusqu'à 10 mois ». Le SEFRI prévient que ces délais ne sont pas toujours garantis.

Autre point : les formations continues de type CAS, DAS ou MAS ne font l'objet d'aucune reconnaissance officielle en Suisse. Selon le SEFRI, elles « peuvent être présentées dans un dossier de candidature ; il appartient dans ce cas aux employeurs de déterminer la valeur qu'ils leur accordent ». C'est donc à la lettre de dire ce que cette formation vous a appris.

Le même intitulé ne recouvre pas le même métier

Dans mon entretien avec l'agence Domino Swiss HR à Genève, ce point revient : une qualification française et son équivalent suisse peuvent porter le même nom sans recouvrir les mêmes tâches. L'agence cite le manœuvre du bâtiment, plus autonome en Suisse, et l'ambulancier, qui pratique des soins en Suisse et doit donc passer une formation suisse. Dans la lettre, décrire les tâches réellement exercées vaut mieux que citer un intitulé de poste.

L'adresse et la disponibilité

Pour un engagement de trois mois au plus, un ressortissant de l'UE ou de l'AELE n'a pas besoin de permis de séjour, l'employeur devant annoncer l'activité lucrative « au plus tard le jour précédant le début de l'activité », précise ch.ch. Au-delà, il faut une autorisation, pour un frontalier le permis G, présenté dans mon article sur le permis G frontalier. D'expérience, une adresse en zone frontalière rassure les recruteurs, qui craignent qu'un candidat éloigné ne puisse pas venir dès la prise de poste, même si j'ai accompagné des candidats recrutés depuis Paris sur des profils très demandés.

Sous quel format envoyer le dossier, et quand relancer ?

Pour un premier contact par courriel, le SECO déconseille d'envoyer tout le dossier : « S'il s'agit d'un premier contact, n'envoyez pas l'intégralité de votre dossier de candidature. Un curriculum vitae avec une photo et, éventuellement, une lettre d'accompagnement (si elle n'a pas été intégrée au texte du message électronique) suffiront. » Les diplômes, certificats et références se tiennent prêts, car ils peuvent être demandés très vite : « Regroupez toutes les pièces dans un même document. Celui-ci devra comporter au maximum cinq pages et faire moins de 2 MO. » Le format, lui, ne change pas : « Envoyez vos pièces jointes au format PDF », écrit le SECO, et orientation.ch demande de télécharger les documents « dans le bon ordre et sous forme de fichier PDF ».

Cette règle par défaut cède devant les consignes de l'annonce. Une offre de l'État de Genève consultée le 22 septembre 2026 l'écrit noir sur blanc : « seules les candidatures complètes sous la forme de 4 PDF (lettre de motivation, CV, copies des diplômes et certificats de travail, du plus récent au plus ancien) et transmises par ce biais seront prises en considération ». Quatre fichiers séparés, dans un ordre imposé, sous peine de ne pas être examiné.

Palais fédéral de Berne, vu depuis les rives de l'Aar, siège des autorités fédérales
Le Palais fédéral, à Berne. Pour un premier contact par courriel, le SECO conseille le CV avec photo et, éventuellement, une lettre, le reste sur demande. Photo : Mike Lehmann (Mike Switzerland), via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Quand relancer ?

Le SECO donne un repère simple : « En l'absence de réponse dans les 10 jours env., renseignez-vous. »

Et après la lettre, que reste-t-il à préparer ?

Après l'entretien viennent l'autorisation de travail, l'assurance maladie, la fiscalité et la prévoyance. J'ai rassemblé la recherche d'emploi et les étapes qui suivent l'embauche dans mon livre Frontalier Suisse. Mon parcours et mes activités sont présentés sur ma page à propos.

Sources et références

Cet article donne une information générale, relue sur les sources officielles le 22 septembre 2026. Il ne remplace pas la réponse de l'autorité compétente, office cantonal de l'emploi, service cantonal d'orientation ou SEFRI selon la question, ni les consignes écrites dans l'annonce à laquelle vous répondez : vérifiez auprès d'elles pour votre situation. Les autres sujets suivis ici sont rassemblés dans les articles.

Jordan Girbon

Jordan Girbon

Jordan Girbon est entrepreneur, auteur de « Frontalier Suisse » et créateur de contenus. Il partage des repères sur l'emploi en Suisse, les parcours de frontaliers et les décisions qui accompagnent leur projet.

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Comprendre la Suisse à travers le travail, les parcours et les projets qui s'y construisent.

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