
Entretien d'embauche en Suisse : 6 erreurs à éviter
Pour un entretien d'embauche en Suisse, six erreurs sont à éviter : arriver sans avoir préparé les questions classiques, garder des réflexes français, répondre à une question interdite, annoncer un salaire au hasard, arranger la vérité et relancer au mauvais moment. Le droit suisse limite ce que l'employeur peut demander, et l'orientation professionnelle officielle publie des repères précis.
Comment se déroule vraiment un entretien d'embauche en Suisse, étape par étape ?
Le déroulé dépend de l'employeur, mais les sources officielles encadrent ce qui l'entoure, de la publication du poste à l'accord final :
- La publication. Dans les professions où le chômage national atteint au moins 5 %, le poste passe d'abord par l'office régional de placement (ORP), qui transmet des dossiers à l'employeur.
- L'entretien. L'État de Genève, dans les instructions qui encadrent le recrutement de son propre personnel, rappelle qu'il « doit se dérouler dans le respect de la sphère personnelle de la candidate ou du candidat ».
- Les références. Le recruteur doit obtenir votre consentement avant de se renseigner auprès de tiers.
- Le suivi. Un courriel dans les 24 heures, puis un contact après deux ou trois semaines sans réponse, d'après les conseils d'orientation.ch aux candidats à l'apprentissage.
- L'accord. Un accord oral suffit à former un contrat de travail. Le permis G se demande ensuite.
Mes avis, et ceux du recruteur invité dans mon podcast, sont signalés comme tels.
Erreur 1 : arriver sans avoir préparé les questions que posent les recruteurs ?
Les questions d'un entretien ne sont pas un secret. L'office cantonal vaudois d'orientation scolaire et professionnelle publie, dans un dépliant de juin 2019, une liste de questions qui peuvent être posées en entretien, reprise du Service de l'emploi fribourgeois. Celle du salaire y figure en deux temps : « Quelles sont vos prétentions en matière de salaire ? Pensez-vous qu'elles soient réalistes ? »
Mon constat de terrain, tiré de ma vidéo sur l'entretien d'embauche en Suisse, et non une statistique : les recruteurs suisses sont plus exigeants qu'en France, et à Genève, où la concurrence est énorme, un candidat mal préparé perd sa chance dès les premières minutes.
La technique du stylo
Je conseille de préparer les questions que l'employeur va poser, puis de réciter ses réponses avec un stylo dans la bouche : l'exercice force à articuler, et le jour venu les réponses sortent plus claires.
La méthode STAR
Pour parler d'une expérience, je recommande la méthode STAR, en quatre temps. À mon avis, chiffrer les résultats obtenus permet de convaincre un recruteur même sans avoir la fibre commerciale.
- Situation : le contexte.
- Tâche : ce que l'on attendait de vous.
- Action : ce que vous avez fait.
- Résultat : ce que cela a produit, en chiffres.
Se renseigner avant d'y aller
J'insiste sur la veille : date de création de l'entreprise, valeurs, objectifs, mais aussi la personne qui vous reçoit, son ancienneté et son profil LinkedIn. Cela prouve que le salaire n'est pas votre seule motivation.
Erreur 2 : passer l'entretien avec des réflexes français ?
Dans mon podcast avec un recruteur en Suisse, mon invité résume le premier défaut des candidats français : croire que l'on peut travailler en Suisse comme en France. Pour lui, la Suisse n'est pas le prolongement de la France.
Raisonner comme le recruteur
Mon avis : le recruteur a un besoin et se demande s'il va perdre son temps avec votre profil. Il juge aussi la présence, d'où l'importance d'une tenue soignée, que le dépliant vaudois rappelle également. Mon invité ajoute un critère : le temps de trajet pèse lourd dans la sélection. Il parle de temps de route plutôt que de distance.
Trois règles suisses avant de parler conditions
Trois repères légaux à connaître avant de discuter les conditions :
- Durée du travail : la loi fixe un maximum de 45 heures par semaine pour l'industrie, le personnel de bureau, le personnel technique et les autres employés, ainsi que pour la vente dans les grandes entreprises de commerce de détail, et de 50 heures pour tous les autres travailleurs. L'horaire normal d'un poste est fixé par le contrat, l'usage, un contrat-type ou la convention collective : la loi ne fixe qu'un maximum.
- Heures supplémentaires : non compensées par un congé, elles se paient avec une majoration d'au moins 25 %, sauf clause contraire d'un accord écrit, d'un contrat-type ou d'une convention collective.
- Vacances : quatre semaines au moins par année de service, cinq jusqu'à 20 ans révolus.
Erreur 3 : répondre à une question que le recruteur n'a pas le droit de vous poser ?
L'article 328b du Code des obligations pose la limite : l'employeur ne peut traiter des données sur le travailleur « que dans la mesure où ces données portent sur les aptitudes du travailleur à remplir son emploi ou sont nécessaires à l'exécution du contrat de travail ». Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) en tire des règles concrètes.
| Sujet de la question | Admise ? | Source |
|---|---|---|
| Aptitudes au poste, exécution du contrat | Oui, c'est le périmètre autorisé | Code des obligations, art. 328b |
| Revenu, dettes, maladies existantes | Seulement si des raisons particulières l'exigent au vu du poste | PFPDT |
| Grossesse | Inadmissible, sauf risque objectif pour la santé de la mère ou de l'enfant, ou si elle empêche d'accomplir le travail | PFPDT, guide de 2014, et loi sur l'égalité, art. 3 |
| Origine, syndicat, religion, convictions politiques ou philosophiques | Seulement si l'idéologie de l'entreprise l'impose | PFPDT |
| Renseignements auprès d'un ancien employeur | Oui, avec votre consentement préalable | PFPDT |
La question de la grossesse
Pour le guide du PFPDT, interroger une candidate sur une grossesse éventuelle « est discriminatoire à l'égard de la femme et donc inadmissible », hors des deux exceptions du tableau. La loi sur l'égalité interdit de discriminer à raison du sexe, notamment en se fondant sur l'état civil, la situation familiale ou, s'agissant des femmes, la grossesse, et cette interdiction s'applique « notamment à l'embauche ».

Vous n'êtes pas obligé de répondre
Selon ce guide, les candidats « ne sont pas tenus de répondre aux questions qui sont sans rapport avec le poste à pourvoir ». Comme ils ne peuvent généralement pas refuser de répondre, ils ont même le droit de donner une réponse inexacte pour se protéger d'un préjudice : c'est le « droit au mensonge pour cause de légitime défense ». Une telle réponse « ne saurait donc entraîner la révocation du contrat pour dol », au sens de l'article 28 du Code des obligations.
Le guide date de 2014 et renvoie à l'ancienne loi sur la protection des données. La phrase de l'article 328b qu'il cite n'a pas changé, pas plus que l'article 28 : seule la référence à la loi sur la protection des données, dans la seconde phrase de l'article 328b, a été mise à jour le 1er septembre 2023. Sa protection ne vaut que pour les questions sans rapport avec le poste. Sur votre parcours, l'orientation professionnelle demande au contraire d'être honnête, comme le montre l'erreur 5.
Erreur 4 : annoncer un salaire sans avoir vérifié les chiffres officiels ?
Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), le salaire médian suisse était de 7024 francs bruts par mois pour un plein temps en 2024. Les 10 % les moins bien rémunérés gagnaient moins de 4635 francs par mois, les 10 % les mieux payés plus de 12 526 francs. Ce sont des chiffres nationaux : le niveau d'un poste dépend du métier, du canton et de la convention collective.
Il n'existe pas de salaire minimum national, mais certains cantons en ont un. À Genève, il est de 24.59 francs bruts de l'heure depuis le 1er janvier 2026, sauf dans l'agriculture et la floriculture, où il s'établit à 18.07 francs. Le calculateur de salaires minimaux du SECO permet aussi de vérifier si votre activité relève d'une convention collective de travail déclarée généralement obligatoire ou d'un contrat-type avec salaires minimaux obligatoires.

Comment formuler sa réponse
Je déconseille toute réponse fermée. Ma formule : annoncer la fourchette relevée pour son secteur, puis ajouter que l'on reste ouvert aux propositions, pour ne pas se fermer la porte d'une entreprise où l'on peut évoluer.
Je mets aussi en garde les nouveaux arrivants qui visent très haut en pensant doubler leur salaire français : à mon avis, on peut démarrer plus bas, puis progresser à mesure que son expertise suisse se construit.
Erreur 5 : arranger la vérité sur votre CV, votre adresse ou vos références ?
Le dépliant vaudois est direct : « Soyez honnête : un mensonge peut avoir des conséquences catastrophiques. » Le droit au mensonge vu plus haut ne couvre ni un diplôme, ni une expérience, ni une compétence. Mon invité recruteur va dans le même sens : à son avis, mieux vaut reconnaître qu'on ne maîtrise pas un logiciel et dire qu'on a envie de l'apprendre, plutôt que prétendre le maîtriser alors que le recruteur peut demander de l'ouvrir sur-le-champ.
Certificats de travail et références
Le certificat de travail que les recruteurs demandent porte sur la nature et la durée des rapports de travail, sur la qualité du travail et sur la conduite. L'article 330a du Code des obligations permet de le demander « en tout temps » à l'employeur : un certificat manquant pour un poste occupé en Suisse se réclame. Pour les références, le PFPDT est net : avant de se renseigner auprès de tiers, l'employeur « doit obtenir préalablement le consentement du candidat ».
L'adresse
Le statut de frontalier impose de retourner au moins un jour par semaine à son domicile à l'étranger. C'est une condition de l'autorisation. À mon avis, le recruteur peut donc vous en parler, puisqu'elle touche à l'exécution du contrat. Mon conseil : venir en repérage pour disposer d'une adresse de logement côté frontière avant de postuler. Pouvoir dire « je suis certain d'être logé là-bas » peut, à mon avis, faire tomber une barrière.
Un dossier cohérent
Je recommande une charte graphique commune au CV, à la lettre et au profil LinkedIn. Beaucoup de mes candidats ont trouvé un emploi en activant LinkedIn en parallèle : c'est mon expérience, pas une statistique. Mon invité conseille d'écrire une lettre personnelle, parce que des lettres identiques se repèrent.
Erreur 6 : relancer au mauvais moment, ou ne jamais relancer ?
Le portail officiel orientation.ch, dans ses conseils aux candidats à une place d'apprentissage, donne deux repères de relance que je reprends pour un adulte, et l'orientation professionnelle vaudoise y ajoute deux gestes :
- Dans les 24 heures : reprendre contact par courriel. Le canton de Vaud suggère aussi, sans fixer de délai, un petit mot écrit pour remercier la personne qui vous a reçu.
- Après deux ou trois semaines sans réponse : contacter l'entreprise par courriel ou par téléphone.
- En cas de refus : appeler pour en connaître les raisons, parce que « cela peut vous être utile pour d'autres postulations ».

Pour l'étape d'avant, mon invité recruteur conseille un appel ou un courriel peu après l'envoi, pour vérifier que le dossier est arrivé, puis quelques semaines d'attente avant de repostuler dans la même entreprise. De mon côté, je conseille de passer sur place, ou à défaut d'appeler, plutôt que de multiplier les candidatures séparées.
Que se passe-t-il après l'entretien : période d'essai, contrat et permis G ?
Le contrat de travail n'est soumis à aucune forme spéciale, sauf disposition contraire de la loi : un accord oral suffit. D'où l'intérêt de demander l'écrit avant de démissionner en France, et d'y vérifier la clause sur les heures supplémentaires. Une clause écrite peut déroger à la majoration de 25 %, raison de plus pour la lire avant de signer.
Le temps d'essai dure par défaut le premier mois, avec sept jours de délai de congé. Un accord écrit, un contrat-type ou une convention collective peut le modifier, sans dépasser trois mois. Après l'essai, un contrat ne se rompt pas du jour au lendemain : le délai de congé légal va d'un à trois mois selon l'ancienneté.
Le permis G n'est pas un préalable à l'entretien. Il s'obtient une fois l'emploi trouvé, avec un contrat ou une attestation de l'employeur. À Genève, vous pouvez commencer votre activité dès l'envoi de votre dossier complet à l'office de la population, l'autorisation étant ensuite transmise à l'employeur dans un délai moyen de 12 semaines. Le détail est dans mon article sur le permis G frontalier.
| Étape | Règle | Source |
|---|---|---|
| Temps d'essai | Premier mois par défaut, trois mois au plus | Code des obligations, art. 335b |
| Congé pendant l'essai | Sept jours | Code des obligations, art. 335b |
| Congé, première année | Un mois, pour la fin d'un mois | Code des obligations, art. 335c |
| Congé, deuxième à neuvième année | Deux mois | Code des obligations, art. 335c |
| Congé, ensuite | Trois mois | Code des obligations, art. 335c |
| Permis G à Genève | Travail possible dès l'envoi du dossier complet, autorisation transmise à l'employeur en 12 semaines en moyenne | OCPM, page du 4 juin 2025 |
Mon livre Frontalier Suisse rassemble ce qu'il faut anticiper une fois le poste obtenu, et mon parcours est présenté sur ma page à propos.
La Suisse recrute-t-elle encore des frontaliers français ?
Les chiffres officiels ne décrivent pas un marché fermé. En août 2026, selon le SECO, le taux de chômage s'est maintenu à 3,0 %, même si le nombre de chômeurs a augmenté de 7,1 % sur un an, et 43 733 postes vacants étaient annoncés aux ORP, 15,5 % de plus qu'un an plus tôt. En 2025, la Suisse comptait environ 409 100 frontaliers, soit 7,6 % de l'emploi total, dont 236 300 originaires de France, soit 58 %, selon l'Observatoire sur la libre circulation des personnes (SECO, juin 2026).
Pourquoi certaines offres apparaissent plus tard
Depuis le 1er janvier 2020, les employeurs doivent annoncer aux ORP les postes vacants dans les genres de professions où le chômage national atteint au moins 5 %. Le poste n'est publié ailleurs que cinq jours ouvrables après sa mise en ligne sur le portail Job-Room de l'assurance-chômage, et l'ORP transmet des dossiers pertinents dans les trois jours ouvrables. L'employeur doit ensuite inviter à un entretien ou à un examen d'aptitude les candidats de l'ORP qu'il juge appropriés.
La liste change chaque année. En 2026, s'y ajoutent notamment les agents d'entretien dans les bureaux, les hôtels et autres établissements, ainsi que les cuisiniers, et la part des personnes actives concernées passe de 6,5 % à 10,8 %, selon le Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche. Sans inscription à un ORP, vous ne les voyez qu'après ce délai.
Sources et références
- Fedlex, Code des obligations, RS 220, art. 28, 320, 321c, 328b, 329a, 330a, 335b et 335c, version en vigueur au 1er janvier 2026.
- Fedlex, Loi fédérale sur l'égalité entre femmes et hommes, RS 151.1, art. 3, version en vigueur au 1er juillet 2020.
- PFPDT, Différentes étapes de la relation de travail, consultée le 21 septembre 2026.
- PFPDT, Guide pour le traitement des données personnelles dans le secteur du travail, personnes privées, édition 2014 (PDF), consulté le 21 septembre 2026.
- Canton de Genève, Office du personnel de l'État, Mémento des instructions (MIOPE), 01.01.03 Entretien d'embauche, mise à jour le 18 septembre 2014.
- Canton de Vaud, office cantonal d'orientation scolaire et professionnelle, Postuler pour un emploi en trois étapes, 3. L'entretien d'embauche, juin 2019 (PDF), relu le 23 septembre 2026.
- CSFO, orientation.ch, Entretien d'embauche, page destinée aux candidats à une place d'apprentissage, consultée le 23 septembre 2026.
- Fedlex, Constitution du Canton de Vaud, RS 131.231, art. 4, consultée le 23 septembre 2026.
- SECO, Informations sur la durée du travail et du repos, consultée le 21 septembre 2026.
- Office fédéral de la statistique, Enquête suisse sur la structure des salaires 2024, communiqué du 25 novembre 2025.
- Canton de Genève, Le salaire minimum genevois 2026 s'établira à 24.59 fr. de l'heure, publié le 1er octobre 2025.
- SECO, Détachement et calculateur de salaires minimaux, consultée le 21 septembre 2026.
- SECO, arbeit.swiss, FAQ sur l'obligation d'annoncer les postes vacants, consultée le 21 septembre 2026.
- Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche, Assurance-chômage : davantage de genres de profession soumis à l'obligation d'annonce en 2026, communiqué du 2 décembre 2025.
- SECO, La situation sur le marché du travail en août 2026, consultée le 21 septembre 2026.
- SECO, Vingt-deuxième rapport de l'Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'UE, 25 juin 2026 (PDF).
- Canton de Genève, office cantonal de la population et des migrations, Activité salariée pour frontalier UE/AELE, mise à jour le 4 juin 2025.
- Mes avis et ceux de mon invité : ma vidéo sur l'entretien d'embauche en Suisse et mon podcast avec un recruteur en Suisse.
- Photo Bern Parliament Plaza Flagged Wide 2019-09-13 23-11.jpg, auteur Axel Tschentscher, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Photo Rade de Genève 2012.jpg, auteur Gzzz, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
- Photo Panorama Lausanne.jpg, auteur Gzzz, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Cet article donne une information générale, relue sur les sources officielles les 21 et 23 septembre 2026. Il ne remplace pas l'avis de l'autorité compétente sur une situation particulière : office régional de placement, office des migrations ou Préposé fédéral à la protection des données. Les passages présentés comme mon avis, ou celui de mon invité recruteur, viennent de mes vidéos, pas d'un texte officiel. Les autres sujets suivis ici sont rassemblés dans les articles.
